L’école est-elle tenue de respecter les décisions judiciaires relatives à la garde ?

La séparation des parents place fréquemment l’établissement scolaire au cœur de tensions relatives à la scolarité de l’enfant : inscription, communication des bulletins, autorisation de sortie, choix d’orientation. L’école doit alors composer avec les décisions rendues par le juge aux affaires familiales. Elle n’en est toutefois pas la simple spectatrice : dès lors qu’une décision de justice lui a été régulièrement portée à la connaissance, elle est tenue d’en respecter les termes.

I. Une obligation subordonnée à la connaissance effective de la décision

L’établissement ne peut appliquer une décision de justice qu’il ignore. C’est pourquoi il appartient au parent qui s’en prévaut de communiquer au directeur d’école ou au chef d’établissement une copie de la décision concernant la scolarité de l’enfant. Tant que cette transmission n’a pas eu lieu, l’administration doit considérer la situation comme inchangée et présumer que l’autorité parentale demeure exercée conjointement.

Cette logique se fonde sur le principe posé par l’article 372-2 du Code civil, selon lequel chaque parent est réputé agir avec l’accord de l’autre pour les actes usuels relatifs à la personne de l’enfant. La très grande majorité des décisions courantes de la vie scolaire relèvent de cette présomption. En revanche, une fois la décision judiciaire connue, l’établissement doit en faire une application stricte, qu’il s’agisse d’un retrait ou d’un aménagement de l’exercice de l’autorité parentale, de la fixation de la résidence ou de modalités particulières de communication.

II. La portée des décisions et le maintien du droit à l’information

Lorsque le juge confie l’exercice de l’autorité parentale à un seul parent, les décisions importantes relatives à la scolarité reviennent à ce dernier, et l’établissement n’a pas à recueillir l’accord de l’autre. Pour autant, le parent qui ne dispose plus du pouvoir décisionnel conserve, sauf mention contraire du jugement, un droit de surveillance de l’éducation de l’enfant. Il doit donc continuer à être informé du déroulement de la scolarité et peut s’adresser à l’établissement à cette fin.

Cette exigence d’information rejoint l’obligation générale, rappelée par la circulaire du 25 août 2006 relative au rôle et à la place des parents à l’école, d’entretenir avec les deux parents les relations nécessaires au suivi de la scolarité. En cas de désaccord sur une inscription, l’établissement ne saurait trancher : il procède à une inscription à titre provisoire dans l’attente de la décision du juge, en veillant à ne pas se substituer à l’autorité judiciaire.

Portée pratique

L’école est tenue de respecter les décisions judiciaires relatives à la garde, mais seulement à compter de leur communication effective. Il incombe au parent concerné de transmettre sans délai la copie du jugement, faute de quoi l’établissement appliquera le régime de droit commun de l’autorité parentale conjointe.

Maître Louis le Foyer de Costil

Avocat en droit de l'éducation. Associé de Nausica Avocats